Thomas avait perdu sa femme à 44 ans. Cancer du pancréas, diagnostic en mars, décès en novembre de la même année. Six mois plus tard, 45 ans, deux enfants au lycée, une maison aux Chartrons à Bordeaux et un vide dans sa vie qu’il n’avait pas la moindre idée de comment combler.
Il commença par les cams par accident. Une nuit de février, à trois heures du matin, dans le couloir entre l’insomnie et l’épuisement, il cliqua sur une publicité dont il n’avait aucune mémoire d’avoir cherché. Il s’inscrivit. Il acheta dix euros de crédit. Il entra dans une session privée avec une femme qui s’appelait peut-être Manon.
Thomas n’avait pas couché avec une femme depuis 18 mois — depuis le diagnostic de sa femme. Il ne s’était même pas masturbé pendant ces 18 mois. Quelque chose s’était arrêté en lui. Il ne savait pas si cela reviendrait jamais.
Manon — appelons-la Manon — comprit en quatre minutes que Thomas n’était pas un client habituel. Il ne demandait rien. Il regardait, sans agitation. Il répondait poliment quand elle lui posait des questions. Il dit, sans qu’elle lui ait demandé, qu’il était veuf depuis six mois. Manon arrêta tout sex appeal. Elle dit simplement : « Tu veux qu’on parle ? Je te facture pareil. Ce n’est pas grave. »

Ils parlèrent quarante minutes. Manon écouta. Thomas découvrit que parler à une inconnue, payée pour écouter mais visiblement attentive au-delà du contrat commercial, lui faisait du bien comme aucune thérapie ne lui avait fait du bien jusque-là. Il pleura à un moment. Manon ne fit pas de bruit. Elle attendit. Quand il reprit son souffle, elle dit : « Thomas, je suis désolée pour ta femme. »
Thomas revint chez Manon une fois par semaine pendant huit mois. Il ne demanda jamais de strip-tease. Il ne demanda jamais quoi que ce soit de sexuel. Il payait sa session de quarante-cinq minutes. Manon parlait, écoutait, lui posait des questions qui valaient mieux que celles de son psychiatre. Elle avait 32 ans, étudiait la sociologie en thèse à Toulouse, faisait les cams pour financer sa recherche. Elle ne lui dit jamais son vrai prénom. Thomas ne le lui demanda jamais.
Vers le huitième mois, Thomas se sentit assez fort pour arrêter. Il dit à Manon, lors de leur dernière session : « Manon, je crois que je peux essayer de rencontrer quelqu’un en vrai maintenant. Merci. Vraiment. » Elle sourit. Elle dit : « Tu m’as aidée aussi, Thomas. Tu m’as confirmé que ce métier n’est pas inutile. »

Thomas a rencontré, six mois plus tard, une femme à un cours de cuisine. Ils sont ensemble depuis quinze mois. Sa nouvelle compagne sait qu’il a parlé à une cam-girl pendant son deuil. Elle l’a accepté sans jugement. Thomas dit qu’il pense parfois encore à Manon — pas avec un manque, juste avec une gratitude.
Pour les hommes en deuil profond qui ne savent pas comment recommencer — Thomas dit que les vrais sites de cam comparés sérieusement peuvent être, pour certains, une étape intermédiaire entre l’isolement et la rencontre. Pas un substitut. Une transition. Choisissez bien votre cam-girl. Cherchez celle qui semble écouter au-delà du tarif. Elles existent. Manon en était une.
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